Booba condamné à trois mois de prison avec sursis pour cyberharcèlement et injures racistes
La justice a rendu son verdict. Le rappeur Booba a été condamné mardi 2 juin par le tribunal correctionnel de Paris à trois mois de prison avec sursis et 30 000 euros d'amende pour cyberharcèlement et injures racistes visant la journaliste de France Télévisions Linh-Lan Dao. Une décision qui intervient plus de deux ans après les faits et qui marque une nouvelle étape dans la lutte contre le harcèlement en ligne.
Charlotte Scerri
Journaliste
Justice

Au cœur de l'affaire, plusieurs publications diffusées par Booba sur le réseau social X en janvier 2024. Les messages visaient Linh-Lan Dao, journaliste à France Télévisions, après la publication d'un article de fact-checking revenant sur certaines déclarations du rappeur concernant les vaccins contre le Covid-19 et la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Selon le tribunal, les publications répétées de l'artiste ont contribué à déclencher une vague de cyberharcèlement contre la journaliste. Cette dernière avait expliqué lors de l'audience avoir été la cible pendant plusieurs semaines de nombreux messages haineux, sexistes, racistes et dégradants provenant d'internautes.
Les juges ont estimé que Booba avait agi en ayant conscience de l'influence exercée auprès de sa communauté de plus de six millions d'abonnés. Ils ont notamment retenu qu'il savait que ses publications pouvaient entraîner une mobilisation de ses soutiens contre la journaliste.
Une décision inédite
L'un des aspects les plus marquants du jugement réside dans la reconnaissance du rôle joué par l'artiste dans le déclenchement du harcèlement. Le tribunal a considéré que le rappeur ne s'était pas contenté de publier des messages isolés, mais qu'il avait participé à créer les conditions d'une campagne de harcèlement en ligne à l'encontre de la victime.
Cette décision est perçue comme un signal fort dans un contexte où les réseaux sociaux occupent une place centrale dans les affaires de cyberharcèlement. Elle rappelle également que les personnalités bénéficiant d'une importante audience peuvent voir leur responsabilité engagée lorsque leurs publications entraînent des conséquences sur les personnes visées.
Une seconde condamnation pour injure raciale
Lors de la même audience, Booba a également été condamné à une amende de 20 000 euros pour injure raciale envers l'essayiste et chroniqueur Tristan Mendès France. Ce dernier avait publiquement dénoncé le cyberharcèlement subi par Linh-Lan Dao.
Le tribunal a notamment retenu des publications faisant référence à des stéréotypes antisémites, considérés comme constitutifs d'une injure raciale.
L'avocate du rappeur annonce faire appel
Absent lors du procès qui s'était tenu le 1er avril dernier, Booba contestait l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés. Son avocate, Marie Roumiantseva, avait demandé la relaxe de son client.
D'après Franceinfo, la défense du rappeur a annoncé faire appel de la décision des deux condamnations. L'affaire est donc loin d'être définitivement close, mais cette décision constitue déjà un revers judiciaire important pour l'une des figures les plus influentes du rap français.


